L’Europe au féminin s’écrit en mouvement

 Christine Barbedet/ Témoignages Quêteur de geste et passeurs de corps/ 4-12 07- 2011         

Du 4 au 12 juillet 2011, à Quimper, vingt  européennes de  douze pays différents ont participé à l’atelier européen « Quêteur de geste / passeurs de corps ». Ce stage labellisé  Grundtvig  était proposé par la nouvelle structure T.E.E.M, Territoire de l’écriture en mouvement, mis en œuvre par les chorégraphes Patrick Le Doaré et Maribé Demaille, et leur équipe. 

L’atelier européen « Quêteur de geste/passeurs de corps » s’inscrivait dans le cadre du programme Grundtvig de la Commission européenne qui« vise à améliorer la qualité et à renforcer la dimension européenne de l'éducation des adultes » et « offrir aux citoyens européens davantage de possibilités de mieux se former tout au long de leur vie ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Transmettre et transformer un collectage de gestes

Au cœur du processus artistique et chorégraphique, la transmission et la transformation d’un collectage de gestes traditionnels que chacune des participantes avaient ramené dans leur bagage, renseignant le contexte de transmission via Internet. «Le travail que nous avons mené depuis 1980, nous a amené tout doucement sur cette question du collectage que nous interrogeons aujourd’hui », explique Patrick Le Doaré. « Cette question de l’écriture en mouvement, un terme trouvé par Patrick, est lié au travail que j’ai mené dans la recherche, pendant 30 ans. Je sais ce que cela signifie de se retrouver seule sur un plateau et de s’interroger sur ses mouvements, leur signification et leur transmission... », insiste Maribé Demaille.  Aux côtés des deux chorégraphes, Pierre-Yves, danseur et chargé de développement, Gwen et Emi, danseuses formées à l’écriture en mouvement sur un territoire, les accompagnent pour guider les stagiaires sur leurs premiers pas.

Écrire une histoire commune

« Tous les jours nous avons notre rituel : un travail de corps sur l’équilibre, les articulations, l’écoute des autres », explique Maurizia, italienne. « Le premier jour, nous avons montré nos gestes de collectage. Nous avons choisi de petits extraits pour arriver à un temps égal pour chacune. Patrick a ensuite formé des groupes, selon les types d’énergie. À chaque groupe, il a donné des consignes différentes ». Maurizia a ainsi transmis son collectage à ses deux collègues. « Je devais ensuite choisir dans leurs collectages un petit extrait.Nous avons fait un montage que nous avons mémorisé et nous l’avons montré. »  Ce travail de collectage n’a de sens pour Patrick et Maribé que s’il est transmis à l’autre, stagiaire, mais aussi au public.

Pour que ce soit lisible, il faut un début et une fin, avec un sens.  À l’intérieur de cette histoire, il faut aussi que chacune se saisisse de sa propre histoire pour la vivre en tant que telle, à l’intérieur du collectif ».

Une place pour chaque participant

L’écriture en mouvement, ce sont des écritures différentes, avec des corps en mouvement, avec des âges différents, des conditions physiques différentes, où chaque participant a sa place. « J’ai beaucoup aimé travailler en groupe, dans le respect des différences et sans qu’il n’y ait de sentiment de gêne ou de honte », explique Eva, comédienne espagnole. « J’ai été surprise par le travail de Patrick et Maribé. Au début, je me suis mise en retrait car je ne comprenais où on allait. Après quelques jours, j’ai trouvé l’idée géniale surtout comme outil pour apprendre à connaître une autre personne à travers sa culture », commente Mireia de Catalogne.

Des familles d’accueil associées

« J’ai eu la possibilité de venir voir les répétitions tous les jours. J’ai vu l’évolution et c’est passionnant », commente Noëlle qui accueille dans sa famille, Foteini, jeune femme grecque. « Habituellement, on voit un spectacle de danse et c’est tout. C’est rare d’avoir la chance de suivre une création, jour après jour, sur une semaine. J’ai beaucoup apprécié de pouvoir venir tous les jours. C’est vraiment du travail, c’est laborieux et chaque jour cela évolue, se transforme. On sent aussi qu’il y a une bonne ambiance entre les filles et qu’au fur et à mesure du stage, il s’est passé quelque chose entre elles de fort. » Un tel atelier, condensé dans la durée, fait œuvre à des endroits différents, en fonction de chaque histoire.

Des impacts différents selon les parcours

Yanina, jeune comédienne espagnole, explique : « En tant que professionnels, nous avons rarement la possibilité de travailler tous les jours dans nos domaines respectifs, en raison de la situation économique des artistes dans le monde qui n’est pas bonne ». Pour Kaya, venue d’Écosse, ce stage lui permet de conforter sa passion pour la performance, la danse, le théâtre. « Je vais essayer de voir comment à mon tour je peux transmettre cela en tant qu’enseignante et comment je peux amener les gens à se pencher sur les origines de leur culture ».

Pour Maurizia, l’écriture en mouvement est transposable : « J’ai pensé à des pistes pour mon travail de formateur, mais en mélangeant la pratique physique, avec des objets, leur histoire et une narration, pour aller vers une écriture plus globale, pas seulement liée au corps. »

Et d’ajouter ce qui pourrait être une belle conclusion : « Ce qui m’a le plus étonné, c’est que je suis arrivée avec un geste qui était en fait un mime, celui de faire un panier. Et ce geste est devenu tout autre chose. Ma danse est devenue comme celle d’un samouraï. Une danse qui traduit la dureté des mains de la femme qui fait les paniers, sa fatigue, son histoire difficile. L’énergie n’est plus celle du panier que l’on fabrique, mais celle de la femme qui m’a appris à le fabriquer ! ».

Témoignages des participants